PARTIE 1
Le message arriva un mercredi de décembre, à 18 h 42, au moment précis où Élise Marceau quittait une réunion au trente-deuxième étage d’une tour de La Défense.
Paris brillait derrière les vitres.
Related Articles
D’où vient l’odeur typique des personnes âgées ?
D’où vient l’odeur typique des personnes âgées ?
D’où vient l’odeur typique des personnes âgées ?
D’où vient l’odeur typique des personnes âgées ?
En bas, les phares glissaient sur le périphérique comme des guirlandes pressées. Dans les bureaux, on parlait primes, bilans, vacances au ski. Élise, elle, relisait encore un contrat d’acquisition quand son téléphone vibra sur la table.
Un nom apparut.
Adrien Valmont.
Pendant quelques secondes, tout le verre de la tour sembla se fissurer autour d’elle.
Sept ans.
Sept ans depuis la dernière fois qu’elle avait entendu ce nom autrement que dans la presse économique, entre deux articles sur les héritiers Valmont, cette famille lyonnaise assez riche pour acheter le silence des autres et assez fière pour croire que la honte ne concernait jamais les leurs.
Adrien.
L’homme qui lui avait promis une vie entière sous les platanes d’Aix-en-Provence.
L’homme qui lui avait passé une alliance au doigt devant cent invités.
L’homme qui, trois mois plus tard, l’avait regardée blême, enceinte et tremblante, en lui disant qu’elle mentait.
Il n’avait pas voulu voir l’échographie.
Pas voulu entendre le médecin.
Pas voulu attendre le moindre battement de cœur.
Il avait seulement ri, d’un rire froid, avant de prononcer cette phrase qu’Élise n’avait jamais oubliée :
— Tu as calculé ton coup, Élise. Mais tu ne prendras pas mon nom en otage.
Le lendemain, ses avocats avaient envoyé les papiers du divorce.
La semaine suivante, il avait changé de numéro.
Et le mois d’après, la famille Valmont avait fait courir dans tout Lyon qu’Élise Marceau avait inventé une grossesse pour piéger leur fils.
Élise ouvrit le message.
Réveillon de Noël au domaine familial, près d’Annecy. Le 24 décembre. Ma mère insiste pour que tu viennes. Ce serait élégant de clore les choses proprement.
Elle lut une fois.
Puis une deuxième.
À la troisième, un sourire très calme traversa son visage.
Pas un sourire de joie.
Un sourire de femme qui a survécu à l’incendie, puis découvert que ceux qui l’avaient poussée dans les flammes vendaient encore des allumettes.
Sa directrice juridique, Nora, s’arrêta sur le seuil.
— Tout va bien ?
Élise verrouilla son téléphone.
— Adrien m’invite à Noël.
Nora resta silencieuse, puis comprit.
— Il veut te montrer sa fiancée ?
— Probablement.
— Et sa réussite ?
— Surtout sa supériorité.
Nora posa son dossier contre elle.
— Tu ne vas pas y aller.
Élise se tourna vers la baie vitrée. Dans le reflet, elle vit une femme de trente-quatre ans, droite, élégante, le regard ferme. Elle ne vit plus la jeune épouse effondrée dans une chambre d’hôpital de la Croix-Rousse.
— Si, dit-elle doucement. Cette année, je vais lui offrir un vrai cadeau de Noël.
Le 24 décembre, le ciel au-dessus de la Haute-Savoie était clair et cruel.
Le domaine des Valmont s’étendait au bord du lac, entre sapins poudrés de givre et façades de pierre blonde. Des voitures allemandes dormaient dans l’allée. Les fenêtres du grand salon ruisselaient de lumière. À l’intérieur, on avait dressé une table pour trente personnes, sorti l’argenterie ancienne, les verres en cristal, les vins hors de prix.
On attendait Élise.
On l’attendait comme on attend une scène.
Adrien avait raconté à ses cousins qu’elle viendrait sûrement seule, un peu fanée, peut-être encore amoureuse, peut-être encore blessée. Il avait même laissé entendre qu’il voulait faire preuve de “maturité” avant son remariage.
Sa fiancée, Victoire de Saint-Alban, portait une robe ivoire et un diamant au doigt.
Sa mère, Madame Valmont, avait déjà préparé son sourire de pitié.
À 19 h 16, un bruit sourd coupa les conversations.
D’abord lointain.
Puis plus proche.
Les verres tremblèrent légèrement sur la table.