Les médecins disaient que je souffrais d’un trouble du contrôle des impulsions. Ils employaient des termes savants : instable, imprévisible, volatile. Je préférais une vérité plus simple : je ressentais tout avec une intensité excessive. La joie me brûlait la poitrine. La rage obscurcissait mon regard. La peur me faisait trembler les mains, comme si une autre personne vivait en moi, quelqu’un de plus féroce, de plus rapide, de moins enclin à supporter la cruauté du monde.
C’est cette fureur qui m’a conduite ici.
À seize ans, j’ai vu un garçon traîner Lidia par les cheveux dans une ruelle derrière le lycée. Ensuite, je me souviens du bruit sec d’une chaise qui se brise contre un accoudoir, de ses cris et des visages horrifiés des gens. Personne ne regardait ce qu’il faisait. Tous les regards étaient tournés vers moi. Le monstre, disaient-ils. La folle. La dangereuse.